Boxe

Lucian Bute, citoyen canadien

Le 26 mars 2012 à 7h49 | Vincent Morin, Agence QMI

Le boxeur Lucian Bute n'a pas caché sa fébrilité, lundi, lorsqu'il a reçu son certificat de citoyenneté canadienne.

«Ça fait cinq ans que je me prépare pour cette journée, c'est un moment très spécial pour moi... je suis officiellement Canadien!, a-t-il lancé après une cérémonie tenue à l'école primaire St. Dorothy du quartier Saint-Michel, à Montréal. Je me suis senti accueilli dès mon arrivée en 2003. C'est maintenant un honneur de représenter le Québec, le Canada et la Roumanie.»

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L'athlète d'origine roumaine a été assermenté en même temps que 30 autres nouveaux Canadiens provenant de 19 pays.

«Je me sens bien dans mon pays d'adoption. J'ai des amis, je suis bien intégré et je parle français. Ça fait sept ans que je suis ici. Je suis un peu surpris de voir autant de médias présents pour l'occasion, mais je suis content, a-t-il continué. Je me suis acheté une maison, je paie des taxes et des impôts. Je suis comme vous maintenant, j'aurai un passeport canadien et je peux voter. Je ne parlerai pas de politique par contre!»

Âgé de 32 ans, Bute (30-0, 24 K.-O.) a d'abord servi de partenaire d'entraînement à Éric Lucas en 2003. Il devait renouveler son permis de travail annuellement jusqu'en 2007, moment où il est devenu résident permanent.

«La première fois où j'ai mis les pieds au Canada, c'était en 2001, à Ottawa, pour les Jeux de la Francophonie, s'est-il souvenu. J'ai passé trois semaines ici. C'est le plus beau voyage que j'ai fait en boxe amateur. Nous étions une centaine d'athlètes roumains de toutes les disciplines et j'ai gagné l'or dans ce tournoi.»

«Quand je suis passé chez les pros, mes compatriotes roumains Leonard Dorin et Adrian Diaconu étaient déjà à Montréal avec InterBox, a-t-il ajouté.

«Malgré tout, quand tu arrives d'un pays communiste et que tu ne parles pas français ni anglais, ce n'est pas facile. Je demeurais à côté du gymnase et je marchais toujours. C'était l'hiver et il faisait froid. Je me levais à 6h30 tous les matins pour aller m'entraîner. J'appelais mes parents chaque jour au début, je m'ennuyais beaucoup. J'ai ensuite décidé d'aller apprendre le français à l'Université de Montréal. C'était agréable d'enfin comprendre ce que les gens disaient.»

Un dialecte unique

L'entraîneur Stéphan Larouche se souvient de l'arrivée de Bute dans le gymnase de boxe du Centre Claude-Robillard comme si c'était hier.

«Il a servi de partenaire d'entraînement à Éric pour son combat contre Markus Beyer, a-t-il expliqué. Il donnait beaucoup de trouble à Éric et il était là chaque matin. Éric m'a confié qu'outre Roy Jones fils, il était celui qui lui avait causé le plus de problèmes en combat d'entraînement.»

InterBox a donc mis la main sur l'habile gaucher. Plus de sept ans après cette signature, Bute s'apprête maintenant à défendre son titre de champion du monde IBF des poids super-moyens (168 lb) pour une 10e reprise consécutive, le 26 mai à Nottingham, en Angleterre, face à Carl Froch (28-2, 20 K.-O.).

«Dès le début, je me suis dit: ‘‘on ne lui parlera pas en anglais au gymnase'', a confié l'entraîneur. Nous avons développé un dialecte unique (termes de boxe typiques) et utilisé seulement au gymnase. En Angleterre, ce sera parfait. Carl Froch et sa bande ne comprendront rien lorsque je donnerai mes directives à Lucian!»

Stéphan Larouche n'est pas inquiet pour son poulain, que ce soit dans l'arène ou même à l'extérieur de celle-ci.

«Ça prend deux choses pour réussir en boxe professionnelle: compter sur des habiletés et être vendeur. Lucian possède les deux, a-t-il dit. Il est aussi très intelligent, autant dans le ring qu'avec son argent. Il veut laisser sa marque dans son sport et il le fait par passion. Je ne suis pas préoccupé par son après-carrière non plus.»

Avec un passeport canadien, le héros du jour pourra également traverser les frontières avec plus de facilité, zèle des douaniers américains en moins. Son départ pour la Floride, afin de poursuivre son camp d'entraînement, était d'ailleurs prévu, ce lundi soir.

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