Combats
Pat Patterson est parti de loin
Le 8 septembre 2012 à 14h33 | Étienne Bouchard, Agence QMI
L'ancien lutteur montréalais Pat Patterson représente un modèle d'inspiration pour les jeunes Québécois désirant faire carrière à l'étranger.
Issu d'un milieu modeste, il a parcouru du chemin avant de se retrouver parmi les vedettes de son sport durant plus d'un quart de siècle.
D'ailleurs, la World Wrestling Entertainment (WWE) soulignera les exploits du «Rêve du Québec» lundi soir, à l'occasion de son émission-gala hebdomadaire «Raw», qui se tiendra au Centre Bell.
Les milliers de spectateurs présents auront l'opportunité d'applaudir le premier champion intercontinental de l'histoire de la fédération, mais surtout, l'un de ceux ayant tracé la voie aux lutteurs d'ici.
«J'ai travaillé comme un chien, mais j'aime tellement la lutte. J'étais toujours sur la route et cela en a valu la peine, a-t-il commenté durant une entrevue téléphonique accordée vendredi.
«Pour un francophone, même avec beaucoup de talent, c'est encore plus dur de percer, car il ne peut pas se faire comprendre dans un groupe d'Anglos; il faut du temps pour s'habituer. (...) Moi, je me considère comme le gars le plus chanceux au monde, parce que j'ai pu apprendre l'anglais aux États-Unis.»
La valise et le dictionnaire
Celui qui est né Pierre Clermont estimait d'ailleurs qu'un changement d'identité était nécessaire pour envisager
une carrière fructueuse à l'extérieur du Québec. Pour ce faire, il ne s'est pas trop cassé la tête afin de choisir ce qui est toujours son nom légal.
«Un jour, j'ai pris un dictionnaire et je l'ai ouvert. Le premier nom que j'ai vu, c'est celui de Pat. Voilà ! Je m'appelais désormais Pat Patterson, a-t-il expliqué. Vous savez, un gars avec un nom français a peu de chances de se retrouver au Madison Square Garden (de New York).»
L'homme aujourd'hui âgé de 71 ans a effectué ses débuts professionnels dans la métropole québécoise en 1958.
À l'époque, il était surnommé «Pretty Boy» et incarnait un lutteur efféminé utilisant du rouge à lèvres et portant un maillot rose, en plus de débarquer dans l'arène en compagnie d'un chien. Toutefois, Patterson a rapidement senti le besoin de s'expatrier pour espérer prolonger sa carrière.
«Quand je suis parti de Montréal, j'avais 20$ dans les poches. J'ai trouvé une valise dans les vidanges et je me suis rendu à Boston. Je ne parlais pas anglais du tout, mon père m'avait jeté dehors. Il ne voulait pas que je fasse de la lutte», a-t-il mentionné.
Un dur labeur qui rapporte
Ainsi, Patterson a travaillé fréquemment pour des organisations mineures telles la National Wrestling Alliance (NWA) durant les années 1960 et 1970.
Les nombreuses soirées passées devant une poignée de curieux dans des villes peu attirantes l'ont éventuellement mené vers la puissante WWF (maintenant la WWE) en 1979. Et c'est là qu'il a connu ses meilleurs moments.
«Je détiens le record du nombre de finales (quatre) au Madison Square Garden, toutes contre Bob Backlund. En plus, j'ai lutté contre Sergeant Slaughter sans arbitre (son match du 4 mai 1981 a été choisi le combat de l'année par la revue «Wrestling Observer Newsletter»), a-t-il ajouté. J'ai toujours été capable de lutter en finale partout où je suis allé. Et à New York, ce n'est pas tout le monde qui peut être invité là régulièrement.»
Des adversaires, des partenaires et des gérants, Patterson en a côtoyé des dizaines. Quels sont ceux avec qui il a aimé le plus plancher?
«Il y en a beaucoup, comme Ray Stevens (les deux formaient l'équipe des Blond Bombers dans la NWA) et Pedro Morales. Mais quand j'allais au Forum de Montréal pour assister aux galas, mon idole était Killer Kowalski. Des années plus tard, je me suis retrouvé en Australie et j'ai eu la chance de réaliser un rêve en luttant en équipe avec lui.»
Une reconnaissance éternelle
Au terme de sa carrière entre les câbles, Patterson a notamment œuvré comme commentateur à la télévision et responsable du contenu créatif de la WWE. Cependant, malgré les années passées depuis son départ et en dépit de l'éloignement - il habite en Floride, mais revient au Québec durant l'été -, les gens d'ici ne l'ont pas oublié comme en fait foi cette anecdote.
«Un moment donné, je me présente dans un club de karaoké près de l'ancien Forum. Le responsable me dit que l'attente est d'une heure, car c'est rempli de monde. Après, je m'en vais aux toilettes et quand je reviens, le gars me demande : "Êtes-vous Pat Patterson ?" Je lui réponds que oui et il enchaîne : "C'est un honneur pour moi de vous rencontrer. En passant, vous êtes le prochain à chanter !"».
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