Courses
Une carrière trop courte
Le 7 mai 2012 à 11h38 | Etienne Bouchard, Agence QMI
L'accident tragique ayant emporté Gilles Villeneuve il y a 30 ans, le 8 mai 1982, a malheureusement écourté une carrière qui s'annonçait prodigieuse.
Toutefois, l'orgueil de Berthierville a eu le mérite de tracer la voie aux pilotes québécois des futures générations tels que Patrick Carpentier, Alexandre Tagliani, Andrew Ranger et bien sûr, son fils Jacques.
Même s'il n'a roulé sur les pistes de Formule 1 que durant cinq ans, Villeneuve a marqué le monde du sport dans la Belle Province. Au même titre que certains grands athlètes de son époque, il s'est avéré un ambassadeur hors pair pour le Québec sur la scène internationale.
«C'est le pilote le plus fou que je n'ai jamais rencontré en F1, a déjà déclaré le légendaire Niki Lauda. Malgré tout cela, il était un personnage aimable et sensible aux autres, et non pas un fauteur de troubles. C'est ce qui faisait de lui un être humain unique.»
La piqûre
Né le 18 janvier 1950, le futur pilote professionnel tombe en amour avec les voitures à l'âge de 15 ans lorsque son père lui achète une vieille MGA rouge de 1958 au coût de 100$. 
Il passe des mois à fignoler son nouveau cadeau et il commence à faire des démonstrations de vitesse après ses cours à l'école, ce qui attire passablement de curieux. Un an plus tard, il conduit un total de trois autos, puisqu'il ajoute à son tableau de chasse une deuxième MGA et la nouvelle Pontiac (1966) du paternel.
Quelques années plus tard, Villeneuve se fait connaître dans les épreuves de motoneige au début des années 1970. Désirant gagner des sous pour poursuivre une carrière dans le sport automobile, il parvient à récolter suffisamment d'argent, notamment grâce à un titre mondial en 1974.
Ces succès sur les pistes enneigées lui permettent entre-temps de s'inscrire à la réputée école de Jim Russell sur le circuit de Mont-Tremblant. À cet effet, le principal intéressé dira que «circuler dans des voiles blancs» l'a aidé à aiguiser ses instincts et sa vision de pilote.
Après avoir enlevé le championnat du Québec de Formule Ford en 1973, il se retrouve au sein de la Formule Atlantique, où il connaîtra du succès pendant quatre ans. Il gagne sa première épreuve en 1975 et l'année suivante, une seule course lui échappe alors qu'il évolue avec l'Écurie Canada. Il met alors la main sur les championnats canadien et américain. Puis, en 1977, il obtient un autre titre national.
Un rude apprentissage
Ayant impressionné en disposant de James Hunt, un membre de l'écurie McLaren lors d'un événement non officiel de la Formule Atlantique en 1976, Villeneuve reçoit une invitation de l'équipe britannique : il signe un contrat valide pour cinq courses, au cours desquelles il conduit la troisième voiture de sa formation en 1977.
Son premier Grand Prix a lieu le 16 juillet à Silverstone, en Angleterre. S'élançant de la neuvième place, il termine 11e, à deux tours de la tête, à cause de quelques ennuis avec la voiture numéro 40. Le quotidien «Times» écrit, à propos du Québécois: «Quiconque cherchant un futur champion du monde ne devrait pas regarder plus loin que ce jeune homme tranquille et sûr de lui-même».
En dépit de cet éloge, McLaren décide de ne pas garder Villeneuve sous son aile, jugeant ses demandes financières un peu élevées. N'ayant aucune alternative pour la campagne suivante, il se rend en Italie, où Enzo Ferrari veut le rencontrer après avoir entendu de bons commentaires sur lui : c'est le Canadien Walter Wolf, pour qui Villeneuve a déjà compétitionné en série Can-Am, qui l'a recommandé au grand patron de l'écurie italienne. À la suite d'une séance d'essais sur la piste privée de Ferrari, il signe une entente pour les deux dernières courses de 1977 et toute la saison suivante.
«Si quelqu'un m'avait demandé de faire trois vœux, mon premier aurait été de faire de la course automobile, mon deuxième, de me retrouver en F1, et mon troisième, de conduire avec Ferrari», de déclarer plus tard Villeneuve.
Cependant, ses débuts avec la voiture rouge sont pénibles, voire désastreux. Lors de sa première apparition, au Grand Prix du Canada à Mosport, son bolide glisse sur de l'huile provenant de l'auto d'un concurrent et il est contraint à l'abandon. Ensuite, il est impliqué dans un accident spectaculaire au Japon avec Ronnie Peterson. Les roues des deux voitures se touchent et l'engin de Villeneuve se retrouve dans les airs. Il est littéralement propulsé chez les spectateurs.
Le résultat de cette mésaventure est triste : Kazuhiro Ohashi, qui assistait à l'épreuve, perd la vie, tout comme le commissaire de course Kengo Yiasa. Une dizaine de personnes s'en tirent avec des blessures mineures. Se disant attristé par ces décès, Villeneuve ajoute ne pas se sentir responsable pour ce qui est survenu.
Les succès
L'ensemble de la saison 1978 s'avère difficile pour le Québécois. Des problèmes avec les nouveaux pneus Michelin le forcent à l'abandon plus souvent qu'à son tour. Par contre, tous ces ennuis sont oubliés lors de la dernière course du championnat, disputée sur l'île Notre-Dame à Montréal. Profitant d'une panne d'essence de Jean-Pierre Jarier (Lotus), il remporte le premier Grand Prix de F1 de sa carrière, devant les siens de surcroît. 
L'année 1979 est beaucoup plus fructueuse pour lui, car il termine au sommet à trois reprises, remportant entre autres le Grand Prix des États-Unis lors de la dernière épreuve de la campagne. Il conclut celle-ci au deuxième rang du classement des pilotes avec 47 points. D'ailleurs, il finit la saison en force avec des deuxièmes places obtenues en Italie et à Montréal.
Sur la piste, la témérité de Villeneuve devient un fait indéniable aux yeux de tous. Le Français René Arnoux peut en témoigner, puisqu'il est impliqué dans une fin de course serrée avec son rival de Ferrari au Grand Prix de France. Les voitures des deux concurrents se touchent continuellement lors du dernier tour alors que la deuxième position est à l'enjeu. Finalement, Villeneuve profite d'un virage intérieur pour coiffer son adversaire, qui l'avait pourtant dépassé avec trois tours à compléter.
Après une saison 1980 épouvantable pour toute l'écurie Ferrari - Villeneuve ne récoltant que six points -, 1981 est davantage favorable pour le numéro 27. Il gagne deux épreuves consécutives, incluant le prestigieux Grand Prix de Monaco. Également, il obtient le troisième rang sur le circuit montréalais qui sera plus tard renommé en son honneur, mais un total de huit abandons porte ombrage à ces succès.
L'accident
En 1982, Villeneuve est d'humeur massacrante, surtout au terme du Grand Prix de Saint-Marin, durant lequel son coéquipier et «ami» Didier Pironi fait fi d'une directive d'équipe pour le dépasser et lui soutirer une victoire qu'il croyait être sienne. Alors premier devant le Français, Villeneuve voit son écurie ordonner aux deux hommes de ralentir et de garder leurs positions respectives pour le reste de la course. Cependant, Pironi ne suit pas les recommandations et dépasse Villeneuve, qui refuse de le saluer sur le podium et qui renonce à sabler le champagne.
Aussi, il entend bien se venger à sa façon à l'occasion du Grand Prix de Zolder, en Belgique. Pendant les qualifications, les deux protagonistes ne se font pas de cadeau et luttent pour la position de tête. En voulant établir le temps le plus rapide, Villeneuve s'élance à toute vitesse sur la piste, au point de rattraper un retardataire, Jochen Mass (March). Ce dernier se déplace légèrement en retrait en voyant le bolide Ferrari s'approcher de lui, mais le Québécois ne détecte pas cette manœuvre.
La voiture numéro 27 heurte violemment l'engin de son rival et se retrouve en morceaux sur la piste. Elle effectue plusieurs tonneaux dans les airs et son conducteur est éjecté de son siège. Les débris survolent la piste et dès lors, les ambulanciers arrivent sur les lieux. Ils découvrent le corps inerte du conducteur et le transportent à l'hôpital.
Toutefois, il est déjà trop tard : Gilles Villeneuve est mort et emporte avec lui tout un pan de l'histoire sportive du Québec. Il n'avait que 32 ans.
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