Les experts

Tous les experts

 

Chris Neil et Shawn Thornton

Crédit photo :
Agence QMI

LNH

Dans la tête d'un dur à cuire

Le 7 février 2013 à 15h44 | Enrico Ciccone

On entend parler de suicide. On entend parler de dépression. Mais qu’est-ce qui se passe vraiment dans la tête d’un dur à cuire?

Non, tout n’est pas rose. Les durs à cuire ne recherchent pas la sympathie ni la pitié des gens. Ils ne recherchent pas non plus une tape dans le dos, ils veulent seulement être compris.

Et je veux vous exposer leur réalité crue, leur réalité pas belle. Ma réalité et celle de bien d’autres.

Pourquoi? Parce que moi aussi j’étais seul, incompris, impuissant devant ma réalité.

Je devais venir en aide à mes coéquipiers, les défendre, tout en sachant que personne ne le ferait pour moi. Personne ou presque.

Je pense à Shawn Thornton par exemple. Disons qu’il a subi la médecine d’un autre matamore la semaine dernière. Celle du dur à cuire des Sabres John Scott.

Résultat : Thornton s’en est sorti, mais avec une commotion cérébrale de plus à sa feuille de route.

Et que dire de Steve Ott, l’ancienne petite peste des Stars de Dallas. Il est probablement un des joueurs les plus détestés de ses adversaires en ce moment.

Des joueurs comme Chris Neil, Brandon Prust, Zac Rinaldo et j’en passe, vivent-ils le parfait bonheur? J’en doute.

Ils ne sont pas reconnus comme des joueurs de hockey. Ils sont reconnus comme des durs à cuire. On les appelle les petites pestes, les bagarreurs.

Ce ne sont pas de vrais joueurs de hockey dit-on. Ce sont des «dummies» comme un Hall of Famer m’a déjà dit.

On ne trône pas au sommet des meilleurs marqueurs de notre équipe. Au contraire, on les protège. Pourquoi? Pour qu’ils restent les meilleurs et qu’ils nous mènent à la victoire.

Et nous, qu’est-ce qui nous reste? La mie d’un pain dont personne ne veut. Nous sommes sans saveur dit-on aussi. Sans substance, à part pour notre corps, qui nous permet de frapper encore et encore.

Et après, on se fait dire qu’on est des dummies.

«Contre qui tu te bats ce soir?»

C’était la pire question qu’on pouvait me poser. C’était tellement insultant.

Il faut comprendre une chose. Avant un match, tout le monde est dans sa bulle. Mais les durs à cuire, ils regardent, ils analysent, ils scrutent la liste des joueurs qu'ils vont affronter.

Des noms qui deviennent des visages. Des visages qu'ils vont devoir frapper. Et si eux, ils se font frapper? Personne. Je le répète, il n’y a personne pour les défendre. Le néant, le désert, comme celui qui se crée dans leur tête.

Alors quoi? Alors on continue. C’est notre raison d’être, c’est notre rôle comme on dit.

Frappe, frappe, frappe, mais pas trop, sinon la grande ligue va sévir. Et le coach lui, va-t-il sévir si j’écope de mauvaises pénalités en raison de mon enthousiasme sans borne?

Un seul m’a compris : Terry Crisp.

Il m’a dit une chose : «Ok, frappe, bats-toi, écope de mauvaises pénalités, fais des erreurs. De toute façon, je sais une chose. À la fin de la saison, tes bévues auront été moins importantes que l’ensemble de ton travail.»

Il avait compris. Un des rares, un des seuls…

Le dur à cuire, qui fait une erreur, qui fait perdre son équipe, est trois fois plus détruit.

Est-ce que je taperais sur Ryan White pour ses bévues? Il l’a probablement déjà fait chez lui, en silence, dans sa tête. Il ne faut pas éteindre ces gars-là. Parce que s’ils foulent la patinoire avec une seule crainte en eux, ils ne pourront plus créer.

On doit être des tueurs à gages, mais on ne doit pas enfreindre la loi. Résultat : l’anxiété, l’inquiétude nous rongent, constamment.

Lorsque la noirceur envahit nos nuits blanches, quelle lumière nous reste-t-il?

45

Commentaires :