Pierre Gauthier  

Pierre Gauthier

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Canadien

Un règne de fou

Le 7 mars 2012 à 2h38 | Réjean Tremblay, Agence QMI

Toute l'organisation du Canadien de Montréal est sous la botte d'un «control freak» de la pire espèce. Et ça inclut le dépistage, les communications, le «coaching» et une partie de la direction générale de l'organisation.

Quand on discute avec des employés du Canadien et du Centre Bell, quand on promet la protection des sources, on apprend des choses qui, mises une après l'autre, brossent un portrait délirant.

Tellement qu'un employé senior me demandait cette semaine, le plus sérieusement du monde, et un tantinet désemparé, «si ça avait toujours été comme ça?».

Je l'ai rassuré. Le Canadien a toujours été une organisation contrôlante. Mais tous les journalistes qui ont couvert l'équipe pendant les 40 dernières années ont connu un club de hockey et une organisation capables de gagner et de rendre des comptes à ses fans dans le respect et une ouverture relative.

J'ai couvert le Canadien dans les plus grandes années de Sam Pollock.

On demandait une entrevue avec Sam et une heure plus tard, il nous accueillait dans son bureau, avec du thé et des petits biscuits.

Et il serrait et tordait son mouchoir pendant toute l'entrevue. On ne parle pas de Pierre Gauthier. On parle de Sam Pollock, dit le Parrain. Rien de moins qu'une légende.

Savard : un grand monsieur

Irving Grundman a eu une fin de carrière politique controversée, mais personne ne me fera écrire qu'il n'était pas un gentleman comme directeur général du Canadien.

Pas le plus compétent, mais un gentilhomme. Et il traitait les gens avec respect et générosité.

Serge Savard fut un grand directeur général et un grand monsieur. Il avait du caractère, on en conviendra.

Mais il éprouvait un respect sacré envers la presse et les amateurs.

Réjean Houle, qui ne fut pas le pire directeur général dans l'histoire du Canadien, était respectueux et conscient de l'importance des partisans.

Et toute l'organisation se moulait à la personnalité de ses dirigeants.

C'est malheureusement arrivé aussi avec Bob Gainey et Pierre Gauthier.

Une différence évidente

Toutes les personnes rencontrées soutiennent qu'il y a une différence évidente entre le règne de Bob Gainey et celui de Pierre Gauthier.

«Bob Gainey laissait beaucoup de marge de manœuvre à ses lieutenants. Il établissait les grandes lignes et il laissait son monde travailler», de dire un informateur.

Mais Gainey, qui semblait plutôt froid, réagissait avec ses tripes beaucoup plus souvent qu'on ne pouvait le croire.

Lorsqu'il a congédié Guy Carbonneau, c'était sur un coup de tête.

Et ça lui faisait plaisir de revenir derrière un banc. Idem avec Claude Julien, qu'il a congédié injustement.

Si Gainey pouvait être agréable avec les employés de l'organisation, il était incapable de négocier quoi que ce soit avec les journalistes.

Plus les années passaient et plus Gainey se réfugiait dans son monde fermé.

Mais ce n'était rien à côté du règne de fou de Pierre Gauthier.

Même Donald Beauchamp, le vice-président des communications, n'est plus le même homme à l'interne, soutiennent des employés du Canadien.

Il est tendu et il sent l'obligation de faire approuver par Gauthier même les soupirs cachés dans les mots de ses communiqués!

Martin : un homme éteint

C'est le secret absolu et tout son personnel est sur le sentier de la guerre.

Il faut tout cacher de peur que l'ennemi ne s'empare des secrets d'État de l'Organisation.

Tout d'un coup la Flanelle terminerait 16e sur 15!

De me raconter un ami de l'organisation : « Même Jacques Martin était complètement éteint par Pierre Gauthier. Pourtant, les deux s'étaient fort bien entendus à Ottawa. Mais Gauthier n'était pas aussi déraisonnable à l'époque.

«Ceux qui connaissent Jacques Martin savent que c'est un ancien prof, un homme intelligent et cultivé. Le Jacques Martin qu'on voyait avec le Canadien n'avait plus rien à voir avec l'homme qu'il est vraiment», d'ajouter l'ami.

Gauthier a pris les moyens pour contrôler tous les secteurs de l'organisation.

C'est son protégé Kevin Gilmore, un ancien des Ducks de Anaheim, qui est le bras droit de Geoff Molson. Tous savent qu'il va toujours couvrir Gauthier.

Le dépistage est complètement dépendant de Monsieur Gauthier.

C'est d'ailleurs sa spécialité et il interdit notamment au directeur du recrutement, Trevor Timmins, de s'adresser aux médias lors de la journée du repêchage, ce qui est inconcevable.

Il achète du temps

Rien n'échappe à son contrôle. Et plusieurs employés soulignent qu'il sait se rendre indispensable en achetant du temps.

C'est ce qu'il a fait en congédiant Perry Pearn. Et il en a rajouté en congédiant Jacques Martin, même si l'équipe était au plus fort de la lutte pour une place dans les séries.

«Gauthier devait juger que Jacques Martin était trop dangereux à cause de son expérience. Il aurait pu le remplacer au pied levé puisqu'il fut directeur général des Panthers pendant trois ans. Et puis, Jacques Martin n'était pas assez obéissant. Il connaissait trop son métier.

«De toute façon, Gauthier va pouvoir acheter encore de précieux mois en congédiant Randy Cunneyworth. Geoff Molson n'aura pas d'autre choix que de garder Gauthier, car son personnel de direction sera trop dégarni», de souligner un employé modèle de l'organisation.

Ça va donc continuer comme c'est parti.

Pensez-vous que les joueurs ont le Canadien à cœur?

Qu'ils se reconnaissent dans les dirigeants de l'équipe?

Qu'ils sont tentés de se surpasser pour des patrons aussi «étranges»?

Si Geoff Molson voulait en apprendre un peu plus, il appellerait Tony Tavares, l'ancien président des Ducks d'Anaheim.

Il était là quand on a congédié Pierre Gauthier.

Lorsqu'il raconte comment ça se passait dans les derniers mois au royaume de Disney, on rit aux larmes.

À Montréal, on pleure aux larmes...

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