Hockey
«C'était la guerre» - Phil Esposito
Le 25 septembre 2012 à 14h51 | Randy Sportak, Agence QMI
La Série du siècle de 1972 a donné lieu à du jeu excitant, mais aussi robuste, avec des gestes parfois disgracieux de part et d'autre. Cependant, l'un des leaders de l'équipe canadienne, l'attaquant Phil Esposito, n'en est aucunement gêné.
«On allait faire tout ce qu'il fallait pour gagner, ça n'avait pas d'importance», a-t-il expliqué à propos de cet affrontement entre le Canada et l'Union soviétique dont on célébrera le 40e anniversaire de la conclusion vendredi.
«De nos jours, les gens nous ridiculisent à cause ça, a-t-il ajouté. J'ai reçu des courriels de personnes qui me disent "j'ai tellement honte que vous soyez canadiens parce que vous avez joué salaud". Ces personnes-là ne comprennent pas. On faisait tout ce qu'il y avait à faire [pour gagner].»
Aujourd'hui, les joueurs ne sont pas amers à propos des différents incidents qui ont ponctué la série de septembre 1972. Lorsqu'ils se rencontrent, comme ce fut le cas plus tôt ce mois-ci en Russie, ils sont des amis, heureux de se revoir et liés pour toujours à quelque chose de très spécial.
Les gestes répréhensibles sont oubliés, comme le coup de bâton de Bobby Clarke à la cheville de Valeri Kharlamov, ou le coup de pied de Boris Mikhailov sur le tibia de Gary Bergman. Bergman et Esposito en étaient si irrités qu'ils avaient fait le signe de la gorge tranchée à Mikhailov.
La Guerre froide
Et par-dessus tout ça, il y avait la lutte des idéologies, le capitalisme contre le communisme.
«Il y a eu des coups des deux côtés, a rappelé Esposito. Je ne dirai pas que nous étions les meilleurs gars au monde. Ce n'était pas le cas. On a joué méchamment, salaud, je ne vais pas nier cela une seconde.»
«Il faut que les gens comprennent que nous devions gagner, et peu importe ce qu'il fallait faire, nous allions le faire.»
Le huitième match de la série, épique, a donné lieu à des sommets de hargne, en particulier à l'endroit des arbitres.
Les Canadiens avaient menacé de ne pas participer à la rencontre en raison du souhait persistant des Soviétiques qu'elle soit arbitrée par Josef Kompalla et Franz Baader, de l'Allemagne de l'Ouest. Un compromis a été fait : Kompalla allait être du match, en compagnie du Tchécoslovaque Rudy Bata.
«Ce Kompalla a essayé de nous avoir, il n'y a pas de doute là-dessus», a affirmé Esposito.
Deux pénalités décernées à Bill White et Jean-Paul Parisé, au cours de la rencontre, illustrent cette réalité. Parisé, par frustration, a même failli donner un violent coup de bâton à la tête de Kompalla, mais s'est retenu au dernier instant.
«Je ne sais pas comment il a retenu son élan, a pour sa part soutenu son coéquipier Pat Stapleton. Il aurait coupé le gars en deux.»
«J.P. n'avait jamais été expulsé d'un match, il n'avait jamais fait quelque chose comme ça avant, a affirmé Esposito. Ce n'était tellement pas son caractère. Ça s'est calmé par la suite parce que l'arbitre s'est calmé. Et on nous a laissé jouer, les deux équipes, en fait.»
Selon Ron Ellis, les Soviétiques n'étaient pas plus à l'aise avec le travail des officiels.
«Ça a atteint le point ou les Russes allaient être embarrassés si les arbitres devaient continuer à travailler comme ça, a-t-il expliqué. Ils ont arrêté de décerner des pénalités et nous avons commencé notre remontée.»
Des incidents déplorables
Il y a eu d'autres incidents déplorables dans ce match. À commencer par le combat entre Rod Gilbert et Yevgeni Mishakov au début de la troisième période, et l'altercation entre Alan Eagleson et des officiers soviétiques, dans les estrades, après le juge de but eut omis d'activer la lumière rouge lorsqu'Yvan Cournoyer a créé l'égalité 5-5.
Eagleson, ancien directeur de l'Association des joueurs de la LNH tombé depuis en disgrâce en raison d'une histoire de fraude, avait manifesté son mécontentement et a été agrippé par des soldats. Des joueurs canadiens ont dû s'interposer afin de le libérer et de le ramener au banc de l'équipe. Eagleson a traversé la patinoire en faisant un doigt d'honneur à la foule.
«J'ai été le premier à m'en mêler, s'est souvenu Stapleton. Soudainement, il y avait une commotion et Al se faisait traîner par un paquet de gars en uniforme. J'ai attrapé mon bâton et j'ai commencé à l'agiter devant les gars, et puis tout d'un coup, Peter [Mahovlich] était par-dessus moi à attraper Al et à le ramener sur la glace.»
Tout s'est finalement conclu par une remontée spectaculaire et le but gagnant de Paul Henderson avec 34 secondes à jouer.
Cette série aura toutefois démontré que les joueurs soviétiques étaient aussi bons que les vedettes canadiennes.
Ce fut une guerre avec deux gagnants.
«Ce fut une bataille extraordinaire, très compétitive et ils avaient autant de fierté et de détermination que nous, sans aucun doute, a estimé Stapleton. Ce qui est intéressant, c'est que 40 ans plus tard, nous sommes bons amis et on se respecte. C'est un honneur de participer à un tel événement en tant qu'athlète.»
IG 830
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