Hockey

«Cette expérience a changé ma vie»

Le 24 septembre 2012 à 14h59 | TVA Sports

Le 23 septembre 1992, une femme, Manon Rhéaume, prenait part à une rencontre de la Ligue nationale de hockey pour la première fois de l'histoire. Elle est du même coup devenue la première femme à participer à un match dans l'une des grandes ligues professionnelles d'Amérique du Nord.

À partir de cette journée fatidique, il y a 20 ans, la vie de la gardienne de but québécoise a complètement changé.

«Cette expérience a changé ma vie, a déclaré Rhéaume lors d'une entrevue à l'émission "L'Esprit d'équipe", sur les ondes de la chaîne TVA Sports. Premièrement, j'ai eu la chance de gagner ma vie pendant plusieurs années en pratiquant le sport que j'aime.

«Pour tout jeune joueur de hockey, tu ne peux pas demander mieux que ça! J'ai eu la chance de faire toutes sortes de choses en ayant été la première femme à évoluer dans la LNH, des choses que je n'aurais jamais pu faire si tout cela n'était pas arrivé.»

C'est ironiquement en travaillant pour préparer un avenir à l'extérieur du monde du hockey que Rhéaume a obtenu sa chance.

«Je m'en allais à l'université, étudier pour être professeur ici au Québec, mais j'ai voyagé partout à travers les États-Unis et j'ai eu la chance de voyager à travers le monde à cause du hockey.»

«Je n'ai jamais pensé que je jouerais à ce niveau-là, a avoué Rhéaume. L'année après avoir joué avec les Draveurs de Trois-Rivières, j'ai travaillé à RDS pendant l'été pour ramasser de l'argent pour l'université, a expliqué Rhéaume. Une des premières choses qu'ils m'ont demandées était d'aller aider lors du repêchage de Montréal. C'est là que j'ai rencontré Phil Esposito et qu'il m'a invité au camp d'entraînement. Au début, je ne pensais pas qu'il était sérieux!»

Un coup de publicité

Pour plusieurs, Rhéaume a été utilisée par Phil Esposito et l'organisation du Lightning de Tampa Bay. Sa participation à un match hors-concours, face aux Blues de St. Louis, faisait évidemment partie d'une stratégie de publicité pour générer de l'attention et mousser la popularité de l'équipe floridienne.

Peu importe la raison qui a permis à la Québécoise d'évoluer dans la LNH, personne ne pourra jamais lui enlever cet accomplissement. Et chausser les patins d'un gardien de but devant une cage de la LNH n'est pas une mince affaire; on dit souvent que c'est la position et le rôle le plus ingrat dans le sport professionnel.

«En étant gardien de but, tu as toujours plus de pression que les autres membres de l'équipe, mais être une fille gardienne de but dans un monde d'homme, il faut multiplier cette pression par dix! a expliqué Rhéaume. Tu sais que chaque geste que tu fais, chaque but que tu vas accorder vont être décrits, que les gens vont en parler. Je savais que j'avais beaucoup de pression, beaucoup de choses à prouver.

«Je me souviens de la marche entre le vestiaire et la patinoire, je n'ai jamais autant ressenti autant de pression qu'à ce moment-là. C'est drôle parce que dès que je suis arrivée sur la glace, la pression est partie. J'étais dans un milieu où j'étais confortable et j'ai oublié que je jouais pour une équipe de la LNH, je me suis concentré sur la partie de hockey.»

Durant la période de jeu où elle a défendu la cage du Lightning, Rhéaume a arrêté sept des neuf lancers dirigés contre elle. L'un des buts a été marqué par Bendan Shanahan, l'autre par Jeff Brown.

«Ça m'a pris 20 ans avant de voir le but que Jeff Brown avait marqué contre moi : je me souvenais que c'était un lancer de loin, je pensais qu'il avait lancé entre la ligne rouge et la ligne bleue, a expliqué la Québécoise. En voyant des vidéos, je me suis rendu compte pour la première fois que Brown avait traversé la ligne bleue, pris deux ou trois enjambées et avait fait un lancer frappé. Je me suis dit : finalement, ce n'était pas si pire que ça, il n'était pas si loin!»

Le lock-out n'aide pas la cause du hockey

Habitant maintenant dans l'État du Michigan, aux États-Unis, Rhéaume est toujours aussi passionnée de hockey. Maintenant mère de famille, elle continue d'évoluer dans le monde du hockey avec ses enfants, qui pratiquent eux aussi le sport. En tant qu'amatrice, la Québécoise est déçue par le lock-out qui sévit dans la LNH.

«Dans les dernières années, je pense qu'on avait finalement réussi à passer par-dessus le dernier lock-out : HBO faisait des présentations des équipes de la LNH aux États-Unis, on n'avait jamais vu ça auparavant! a expliqué Rhéaume. Là, on va encore prendre du recul. C'est triste : normalement, au mois de septembre, on entend parler des matchs hors-concours, tout le monde est excité par la nouvelle saison, les nouveaux joueurs. Là, il n'y a rien qui se passe et quand tu aimes le hockey, c'est "plate".»

Lorsqu'on lui a demandé si elle croyait que la situation dans la LNH pouvait faire en sorte que le hockey féminin reçoive plus d'attention, Rhéaume a surtout insisté sur le fait que le sport du hockey en général était le grand perdant de ce conflit de travail.

«Si le lock-out donne plus de visibilité au hockey féminin, c'est sûr que ce sera bon, mais je pense que le lock-out n'est pas bon pour le hockey en général, que ce soit le hockey junior, le hockey masculin ou féminin. Ça n'aide pas la LNH à avoir la visibilité dont elle a besoin. Je pense que le calibre de la Ligue américaine (LAH) sera beaucoup plus relevé, parce que beaucoup de jeunes vont aller jouer là. Donc, je crois que ce sera bon pour la Ligue américaine, mais je ne crois pas que ce soit une bonne chose pour le hockey en général.»

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