Hockey
Le calme avant la tempête
Le 26 septembre 2012 à 15h23 | Randy Sportak, Agence QMI
L'équipe canadienne a retraité au vestiaire en tirant de l'arrière 5-3, après la deuxième période de l'ultime match de la Série du siècle, contre l'Union soviétique. À quoi pensaient les joueurs?
La pression était énorme. Il fallait gagner.
«J'avais dit à mon épouse que si on ne gagnait pas, on allait être considérés comme des perdants pour toujours», raconte Paul Henderson.
Alors quelle était l'ambiance dans le vestiaire, à l'aube de ce qui était probablement la plus importante période de la carrière de tous ces joueurs?
«C'est l'un des meilleurs souvenirs que j'ai, affirme l'attaquant Ron Ellis. Vous pourriez en parler aux autres gars et ils en conserveraient peut-être un souvenir différent, mais je me rappelle qu'une confiance tranquille régnait dans le vestiaire.»
«On pourrait penser qu'après avoir gagné les matchs six et sept pour créer l'égalité dans la série, se retrouver avec un pointage de 5-3 aurait été frustrant, mais ce n'était pas le cas du tout», explique-t-il.
«C'était calme. Confiant. Personne n'avait quoi que ce soit à dire. On savait tous ce qu'on avait à faire et la position dans laquelle on se retrouvait», poursuit Ellis.
«Les gars se regardaient dans les yeux, l'air de se dire "je ne vais pas te laisser tomber et je sais que tu ne vas pas me laisser tomber, alors faisons le travail", se souvient Ellis. Je ne me suis jamais senti comme ça depuis et jamais avant. C'était tout simplement un moment magique.»
Des souvenirs différents
D'autres joueurs ont effectivement des souvenirs différents de cet entracte. L'entraîneur-chef Harry Sinden et son assistant John Ferguson n'ont pas prononcé de grand discours.
«Fergie est entré et s'est agité un peu, expliquant que certaines choses devaient être faites, mais c'était correct, raconte Bill White. On était regroupés dans le vestiaire, on est sortis et on a joué.»
«Je pense que des choses comme "nous n'allons pas perdre ce match" ont été dites, indique Phil Esposito. Je sais que je l'ai dit. On voulait jouer à notre façon et faire tout ce qu'il fallait pour gagner.»
«Je me suis souvent demandé, et je n'ai jamais eu la chance de leur poser la question, ce à quoi ils (les Soviétiques) pensaient, durant l'entracte, affirmé Pat Stapleton. Je crois qu'ils devaient se dire "bon Dieu, plus que 20 minutes et on est débarrassés de ces gars-là ".»
Esposito a amorcé la remontée en marquant dans les premières minutes de jeu de la troisième période. Puis, la légende des Canadiens de Montréal Yvan Cournoyer a créé l'égalité 5-5- en milieu de période.
Et avec 34 secondes à jouer, Paul Henderson a marqué son fameux but. Sauf qu'il restait tout de même 34 secondes.
Bill White était nerveux.
«Bill Mosienko a déjà marqué trois fois en 21 secondes, alors beaucoup de choses pouvaient se passer», observe-t-il.
«Je me souviens d'avoir pensé "quel est leur plan?", relate Stapleton. J'ai souvent dit qu'ils (les Soviétiques) n'avaient pas offert une forte opposition durant ces 34 secondes.»
White et Stapleton étaient sur la patinoire, avec Esposito, Ellis et Pete Mahovlich en attaque. Étonnamment, les Soviétiques n'ont jamais réellement été menaçants.
Esposito a gagné la mise au jeu, a remis la rondelle à Stapleton, qui l'a rejetée dans le territoire adverse. Les Soviétiques ont ensuite effectué une montée en attaque et Boris Mikhailov a lancé le disque derrière le filet des Canadiens. Bill White a ensuite tenté une longue passe vers Esposito, qui s'est plutôt retrouvée à l'autre bout de la patinoire, sans toutefois que le dégagement soit refusé.
Avec une douzaine de secondes à jouer, les hôtes ont tenté une dernière attaque, mais le tir d'Alexander Gusev a raté la cible.
La sirène a ensuite retenti. Le match était terminé.
«On savait qu'on était dans une grosse série, affirme Bill White. Mais on ne connaissait pas l'effet qu'elle avait eu sur les Canadiens. Quand on voit comment les gens en parlent, c'est remarquable.»
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