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Gary Bettman

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REUTERS/Mike Blake/© Thompson Reuters 2012

LNH

Beaucoup de bruit pour rien

Le 6 janvier 2013 à 23h55 | Paul Rivard

Note : J’ai écrit ce texte il y a déjà quelques semaines, pressentant une conclusion aussi prévisible que pathétique à cet autre lock-out garnissant le CV de Gary Bettman. Je n’ai eu qu’à ajuster les quelques chiffres plus bas.

Much ado about nothing ou Beaucoup de bruit pour rien est une pièce du grand William Shakespeare jouée pour la première fois en 1599.

Le titre de cette œuvre est souvent cité, comme dans le cas qui nous concerne ici, chaque fois qu’une histoire dont le règlement aurait pu être des plus simples, se complique inutilement parce les humains impliqués sont, justement, des humains.

Qu’on puisse faire un parallèle avec une comédie vieille de plus de 500 ans vous donne une idée de la tristesse du processus à notre époque. C’est pourtant le cas. 

Bataille d’égos… beaucoup de dégâts

Le conflit de la LNH a été réglé après 113 jours d’une valse hésitation entre deux partenaires qui, finalement, se marchaient sur les pieds. Ou plutôt, sur leurs égos respectifs démesurés.

Les pertes sont les suivantes : 571 matchs (plus de la moitié de la saison), 822 millions en salaires par les joueurs et 1,14 milliard en revenus pour les propriétaires.

La plupart des observateurs s’entendent pour dire que le résultat obtenu par les deux parties aurait pu facilement être obtenu à la fin de septembre et qu’un arrêt de travail aurait pu être évité.

Au lieu de cela, on s’est livré à une négociation longue de quatre mois et qui n’était pas très belle à voir. 

Pauvres messagers

J’ai eu beaucoup de compassion pour tous mes collègues qui ont eu à faire la navette de Montréal à New York, alors qu’un semblant de simulacre d’embryon de proposition de règlement pointait au bout du tunnel.

J’ai admiré ceux qui ont dû prendre un cours accéléré de négociation syndicale, de hautes finances corporatives, en plus de manier avec habileté les mots «escrow» et «make whole» à tout venant.

Je me suis senti moi-même idiot, matin après matin, sur les ondes de LCN, de livrer ce que j’appelais «la gazette du lock-out», un compte rendu sans odeur et sans saveur d’un dossier qui n’allait nulle part et sur fond d’images répétitives de ces groupes entrant par la même porte new-yorkaise, paradant devant le même mur new-yorkais, pendant 16 semaines…

Après une ou deux prédictions ratées quant à l’allure des pourparlers et les espoirs d’un règlement, j’ai arrêté d’essayer de deviner si les signes étaient positifs ou négatifs et j’ai cessé de jouer aux oracles de pacotille. Personne ne savait… même ceux ou celles qui croyaient savoir.

La seule chose que l’on sait maintenant, c’est qu’ils ont fait un beau dégât. Non seulement y a-t-on perdu beaucoup d’argent, mais surtout, une tonne de crédibilité.

Seule consolation pour la «business» du hockey, le noyau de supporters est si fort que tous les partisans rentreront dans les arénas ou se masseront devant les écrans, comme avant. Balayées, les frustrations. Aux poubelles, les menaces de boycott des matchs ou des produits dérivés. Parties, les rancœurs envers cette bataille opposant des millionnaires à des… milliardaires.

Et ça, c’est la seule prédiction à laquelle je me livrerai et que je suis sûr de voir se réaliser.

Qu’ils disparaissent!

Je retiendrai la phrase finale de Donald Fehr, au petit matin, alors que les deux dirigeants, côte-à-côte, venaient de dévoiler leur entente de principe aux journalistes endormis et (surtout) écœurés de cette veille ridicule : «Bonne nouvelle : vous regarderez bientôt jouer des joueurs de hockey au lieu de nous voir la face.»

Fehr venait de livrer une conclusion aussi courte que «punchée». Digne du grand Shakespeare lui-même. Sauf que personne n’a applaudi au tomber du rideau.

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