Jeremy Lin
Conte de fée sportif
Crédit photo : AFP / Getty

Chronique

Conte de fée sportif

Le 17 février 2012 à 01h01

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Paul Rivard
TVA SPORTS
Le 4 février dernier, personne ne connaissait Jeremy Lin, sauf, bien sûr, mon collègue analyste Pascal Jobin et les autres aficionados de basketball professionnel.

Dix jours plus tard et une déferlante médiatique inouïe, le jeune athlète américain d’origine taïwanaise est devenu LA vedette sportive par excellence.

Sa reconnaissance ultime est venue par un commentaire du président de son pays, Barack Obama, qui se dit impressionné par le jeune homme de 23 ans. Sa nouvelle renommée a grandi de façon aussi fulgurante que son arrivée sur les pages d’accueil des sites internets ou dans les manchettes des grands médias d’Amérique du Nord.

De bas en haut en... 10 jours

Jeremy Lin n’a jamais été repêché. Évidemment, un diplômé de Harvard se rend rarement à la NBA (le dernier s’appelait Ed Smith… en 1953). Balloté d’équipes en équipes, il a abouti à New York qui s’apprêtait d’ailleurs à le liquider bientôt. Utilisé en moyenne trois minutes par match… on a fait appel à ses services en désespoir de cause, le 4 février, alors que les Knicks venaient de perdre 11 de leur 13 derniers matchs.

Et le reste, c’est de l’histoire.

New York vient de gagner ses sept derniers matchs alors que Lin a été utilisé en moyenne 37 minutes, chaque rencontre. Sa moyenne de points par partie, 24.

Comme le public est toujours en quête de héros, vous imaginez que celui-là a frappé l’imaginaire collectif et que tout le monde en parle. Il a la distinction peu banale d’amener un nouveau public au basketball.

Gloire à Dieu

En plus d’être extrêmement efficace sur un parquet de basketball, Lin est aussi très religieux et invoque le Très Haut régulièrement dans ses entrevues. Vous comprenez qu’on a vite fait un parallèle avec l’autre jeune vedette émergeante de l’automne dernier, le quart-arrière Tim Tebow, des Broncos de Denver.

Et la comparaison est même statistique. Les deux ont réalisé une performance identique, à leur cinquième départ respectif. Ils ont réussi 9 tirs/passes en 20 tentatives, et ils ont inscrit le panier/touché gagnant à chaque fois...

D’autres contes de fées

Afin de bien situer l’exploit, j’ai fait le tour de quelques uns de mes collègues de TVA Sports et de l’Agence QMI, pour trouver de bons exemples relatifs à ce phénomène.

Tout comparaison étant boiteuse, voici tout de même le plus évident soit le gardien Ken Dryden. En 1971, apparu à seulement neuf matchs de la fin de la saison,il avait mené les Canadiens à la conquête de la Coupe Stanley. Dryden devenait le seul joueur de hockey de l’histoire à avoir gagné le trophée Conn-Smythe (joueur par excellences des éliminatoires) avant d’avoir mérité le trophée Calder (recrue de l’année).

Quelques hockeyeurs ont aussi connu des ascensions surprenantes, tel Brett Hull, repêché en sixième ronde par Calgary, puis devenu quantité négligeable chez les Flames avant d’être envoyé dans les mineures pendant deux saisons. Son transfert chez les Blues a coïncidé avec le réveil de cette machine à marquer des buts.

Le cas de l’ailier gauche Luc Robitaille n’est pas banal non plus. Repêché au 171e échelon par les Kings, quasiment par charité, il a rempli le filet dès sa première saison pour devenir recordman de la LNH chez les ailiers gauches. On pourrait ajouter au lot le gardien Jaroslav Halak, sélectionné au 271e rang et second violon chez les Canadiens, avant d’avoir la chance de se faire valoir et de mener le Tricolore en demi-finale de la Coupe Stanley.

Que dire de Mike Piazza, repêché par les Dodgers de Los Angeles, parce que son père avait supplié son ami… Tommy Lasorda, de lui donner une chance. Choisi en 62e ronde ou, si vous voulez, au 1390e rang, Piazza est allé 12 fois au match des Étoiles. Il est considéré comme le meilleur frappeur de l’histoire chez les receveurs.

Au football, le quart-arrière Kurt Warner était devenu emballeur à l’épicerie parce que personne ne l’avait repêché en 1998. La saison suivante, il guidait les Rams à la victoire au Super Bowl 34. Ouf. Et cette liste pourrait s’allonger mais retenons cette simple réalité: Combien de talents sont morts sans jamais avoir pu s’afficher?

À l’opposé, combien d’athlètes sont devenus des vedettes et ont mené des équipes aux grands championnats parce qu’il ont obtenu cette toute petite chance? Jeremy Lin n’est qu’un autre de ces exemples et c’est lui qui défraie les manchettes ces temps-cis.

Comme diraient les anglophones : "One man's trash is another man's treasure" ou "Les déchets de l’un s’avèrent les trésors de l’autre".